Le Journal des Plages : Roch, ce Best of c’est d’abord un véritable coup de projecteur sur votre carrière : vingt ans déjà !
Roch Voisine : C’est assez flatteur mais en même temps cela passe tellement vite ! Vous savez, ce que l’on retient de vingt ans, c’est maximum sept ou huit évènements par année et lorsque tu te concentres un peu, tu vois le temps passer entre chaque évènement et là seulement tu vois les vingt ans ! C’est lourd ! Tu sens vraiment le poids des années…

D’où est venue l’envie de faire un Best of ?
C’est un passage obligé, je l’ai évité et contourné le plus que j’ai pu. Cela fait d’ailleurs dix ans que l’on m’en demande un ! Je ne sais pas exactement pourquoi je refusais, certainement parce que je trouvais l’idée un peu trop facile… Choisir quinze titres qui ont marché, prendre une nouvelle photo et le tour est joué ! Certaines maisons de disques font des Best of sans en informer les artistes ! Il reste toujours un côté tradition : les gens aiment bien acquérir ce genre d’album mais je voulais le construire comme un objet et le valoriser. Car désormais avec le contexte de copie et de piratage, pour qu’un Best of fonctionne, il faut y apporter une valeur ajoutée, notamment avec des inédits ce qui permet de faire exister l’album en radio. Je voulais que cela vaille la peine et que mon public en ait pour son argent !


Justement, comment avez-vous choisi les titres ?
Il y avait beaucoup de chansons que je pouvais retenir ! Ce que j’ai essayé de faire, c’est de les choisir plutôt dans la première période, puis j’ai ajouté les singles qui ont bien fonctionné. Ça, c’était le point de départ. Après, je voulais me faire plaisir et présenter aux gens des titres qui n’ont pas forcement été des tubes ici en France. J’ai une belle play list supplémentaire pour cela, j’espère qu’elle fera un jour l’objet d’un autre disque car ces chansons me définissent aussi, tout autant que celles qui ont fonctionné. On retrouve aussi deux inédits : Garder le Feu et Le Chemin. Mais aussi Et si, qui est le second single à sortir alors qu’il n’était qu’un des titres d’un album de 1999. Ce Best of lui permet d’avoir une deuxième chance de rencontrer le public et même de tourner en radio, c’est un miracle.

Cet album comporte deux disques, le second étant en live. C’est important pour vous la scène ?
Oui. Et, j’ai appris très tôt que j’aimais la scène. C’est Elton John qui avait expliqué que s’il durait c’était vraiment grâce à la scène. Dans les hauts comme dans les bas, elle vous permet d’avancer, de travailler et de gagner votre vie. Même si vous n’êtes plus à la mode, même si vous n’avez plus le support de certains : on survit avec ses fans, avec cette base avec laquelle on communique à travers la scène. C’est important car la scène me permet d’évoluer beaucoup plus qu’en radio. Je suis allé très loin dans le contact avec le public notamment en mettant un micro dans la salle même, sans protection. Mais, cela correspond à ma volonté d’aller vers l’autre et de lui donner une chance…

Le public Français vous a d’ailleurs été fidèle tout au long de ses dix-huit années…
Ici, je me sens presque chez moi. Les Français m’ont adopté, je m’en rends compte même en marchant dans la rue,c’est très fort. J’ai un public très fidèle absolument, les gens sont toujours là et les salles sont pleines. Avec aussi de nouveaux fans, je l’ai ressenti avec le single Tant pis qui a tourné sur une radio jeune. Il a commencé à être diffusé un samedi et la semaine suivante la démographie de mes concerts avait changé : il y avait des jeunes devant debout ! C’est une nouvelle énergie au-delà des préjugés car tout le monde s’accorde autour d’un tube comme celui là !

On peut certainement chercher une des raisons de votre longévité dans l’aspect hors mode et intemporel de vos chansons ?
Oui. Je suis arrivé en pleine période disco avec Hélène. Ce que je proposais n’était vraiment pas à la mode ! C’est le personnage qui a créée le phénomène. Musicalement, c’était toujours assez classique : du pop rock américain. C’était un phénomène jeune, mais pas une musique jeune. Depuis, je n’ai pas eu la sensation de devoir changer, même s’il y a toujours une petite évolution. J’ai encore l’impression que ce qui est retenu de mon travail, c’est un certain type de chansons et de sujets.

Mais si on fait le tour de cet album, il y a des chansons d’amour, mais aussi des berceuses pour enfants, des légendes indiennes…
Je ne m’interdirais jamais de parler de tel ou tel sujet quitte à le mettre en sourdine dans un album en sachant très bien que cela ne fera jamais de single mais au moins les gens qui m’achètent et qui vont se donner la peine d’écouter vont avoir tout d’un coup un autre univers qui s’ouvre... Quoi qu’il en soit, j’ai déjà d’autres albums en préparation et ce 'Best of'' n’est pas un adieu !