Vous célébrez trois anniversaires : vos 60 ans, il y a quelques jours, vos vingt ans de TF1 et de Sacrée Soirée que vous avez animée pendant sept saisons. Vingt ans après, quels souvenirs en gardez vous ?
Jean-Pierre Foucault : Je suis effectivement l’animateur qui a le plus d’ancienneté à TF1. En 1987, j’ai été appelé par TF1 nouvellement privatisée et, pendant 7 ans, j’ai animé 265 numéros de Sacrée Soirée dont je garde des souvenirs émus et forts. Ce fut une émission majeure de l’époque des débuts de la privatisation de TF1 et ma première émission importante sur la chaîne car je venais de la deuxième chaîne au moment où d’autres animateurs cédaient eux aux sirènes de Berlusconi sur la Cinq. Et, eu égard à son concept et compte tenu que cette émission se déroulait en direct, il se passait toujours quelque chose. Avant, le direct était naturel. Aujourd’hui, on signale qu’on est direct en l’inscrivant sur l’écran !

Qui est à l’origine du concept de l’émission ?
Gérard Louvin et moi autour d’un jus de carotte en thalasso à Biarritz !

A-t-elle été l’émission la plus forte de votre carrière ?
Sans aucun doute. Ce fut la plus marquante, la plus riche et celle dont je garde les plus grands souvenirs et les plus fortes émotions. Et puis, je l’ai animée pendant sept saisons jusqu’en 1994.

Quels en ont été les moments forts pour vous ?
Le plus fort est celui qui me concerne quand on a retrouvé la voiture de mon père. Forcément. Mais ensuite, chaque semaine apportait sa moisson de surprises et son lot de souvenirs. C’est très dur pour moi de faire un choix entre les retrouvailles entre Claudia Cardinale et Mastroianni, celles de Delon et son fils, Mireille Darc et le professeur Cabrol qui l’a sauvée, celles de Josiane Balasko et deux de ses cousins dont elle n’avait plus de nouvelles pendant la guerre de Yougoslavie ou Mireille Mathieu et Raymond Marcillac. Et, dans un autre registre, on se souvient de la brouille de Linda de Suza avec sa mère ou de Michel Charasse, alors Ministre délégué au budget, interpellant au téléphone le chanteur Alain Barrière qui était venu se plaindre de ce qu’il versait aux impôts. Mais, la liste pourrait être très longue !

Par certains côtés, n’avez vous pas été l’instigateur d’une certaine "pipolisation" du monde des variétés ?
Nous n’étions pas dans ce registre là. L’objectif était de créer des surprises, de faire plaisir aux artistes et de créer des vrais moments d’émotion. Nous avions ce que nous appelions à l’époque des surprisers pour mettre en place et préparer les surprises. C’était un vrai travail d’investigation mais aussi de discrétion car il fallait qu’absolument rien ne filtre.

TF1 va célébrer dans quelques jours les 20 ans de cette émission. Que nous préparez-vous ?
Nous allons recréer Sacrée Soirée mais vingt ans après avec beaucoup d’images d’archives, d’artistes en plateau et de surprises comme à l’époque. Mais, ce sera une seule et unique émission. Aujourd’hui, les émissions de variétés ne sont plus pour l’essentiel en direct et sont beaucoup plus aseptisées et fades par rapport à Sacrée soirée qui créait toujours l’événement.

Quel regard portez-vous sur les émissions de variétés d’aujourd’hui ?
Il faut comparer ce qui est comparable et ne pas être passéiste. Chaque époque a ses émissions. Il en est ainsi. Aujourd’hui, ce serait impossible de refaire une Sacrée soirée hebdomadaire. Les artistes ne joueraient sûrement pas le jeu. L’époque a changé. On est beaucoup plus dans l’image, le business, le marketing. Il faut vivre avec son temps et son époque.

Cet aggiornamento que vous appelez de vos voeux concernant la télévision vous l’avez toujours vécu finalement. Vous avez toujours eu la bonne émission au bon moment comme c’est le cas pour Qui veut gagner des millions ?
Pas toujours mais dans l’ensemble j’ai suivi des concepts télévisuels qui correspondaient à mon époque et j’ai eu la chance d’avoir des concepts bons et forts. Mais, j’ai surtout eu la chance d’animer des émissions et des jeux qui ont rencontré le public comme Qui veut gagner des millions ? qui est le jeu le plus regardé à la télévision Française.

Vous avez plus de 40 ans de carrière. Vous êtes animateur de radio, présentez des jeux, des émissions de variétés, des soirées spéciales comme l’élection de Miss France, mais êtes aussi Président du centre de formation de l’Olympique de Marseille, de la nouvelle chaîne locale marseillaise LCM...
J’aime ce mélange des genres. Il correspond à ma conception de ce métier. Je suis curieux. Depuis mon plus jeune âge, j’ai voulu faire ce métier. J’aime sa richesse et sa diversité. Pour moi, il n’y a rien d’incompatible entre animer l’élection de Miss France, Qui veut gagner des millions ? ou être à l’antenne sur RTL chaque matin. C’est le même plaisir. Depuis 41 ans, je suis devant un micro à la radio. J’ai cette chance là de pouvoir exercer ma passion et d’en vivre confortablement. Je souhaite à beaucoup de mes confrères de pouvoir faire la même carrière que moi !

N’avez-vous pas souffert de l’imagerie d’épinal que l’on colle souvent aux animateurs qui sont souvent relégués à des passeurs de plat ?
Non, j’ai conscience aussi d’avoir ce rôle là. Je suis multi-carte. Ce métier me nourrit. Je ne peux pas me contenter d’une discipline.

On vous a surtout découvert lorsque vous avez publié votre autobiographie, Le Sourire aux larmes où vous vous dévoilez derrière l’animateur au sourire télévisuel de convenance que l’on connaît. Ce livre a-t-il changé l’image de gentil animateur que le public pouvait avoir de vous ?
Énormément ! Je n’ai jamais eu autant de courriers et de réactions. Le public m’a découvert autrement et cela a légèrement modifié l’image que le public pouvait avoir de moi derrière le fameux sourire comme vous dites...

Vous présentez du lundi au vendredi à 11h30 La Bonne Touche sur RTL avec Cyril Hanouna. Un mot sur ce duo improbable ?
Ce duo est improbable et a beaucoup surpris mais la sauce a vite pris. Nous ne nous connaissions pas. C’est RTL qui a pensé à notre association. Nous sommes différents mais notre duo fonctionne bien dans une totale liberté. Nous nous amusons beaucoup et, eu égard aux excellents résultats d’audience, cela semble plaire puisque c’est l’émission la plus écoutée en France entre 11h30 et 12h30 avec deux millions d’ auditeurs chaque jour.

Quel est le secret de votre longévité ?
D’être comme tout le monde ! Je travaille dans mon univers mais je n’y vis pas. Une fois le générique de l’émission terminé, je rentre chez moi près de ceux que j’aime et ne fréquente jamais les soirées. Je vis simplement et fais mon métier avec sérieux, implication et rigueur.