Tina, c’est ton deuxième album en français, tu l’as fait par amour de la langue ou des français ?
Tony, je crois que c’est un mélange des deux en fait ! J’ai un besoin énorme de découvrir et d’explorer des choses qui ne me sont pas familières. Je n’ai pas peur de rentrer dans des territoires dangereux, je trouve cela excitant et en plus j’ai un public en France très fidèle. Je suis de plus en plus à l’aise avec la langue. Je ne le serai jamais à 100% mais c’est peut être là, la beauté de notre rencontre... et de notre histoire en fait !

Ce qui est sûr c’est que tu es à l’aise avec l’esprit de notre langue. Et, cet album, tu l’as fait aux couleurs de la France…
C’est exactement cela, je défends des valeurs. Je ne suis pas française mais mon coeur me porte vers la compréhension de la culture française. Tout ce que les français ont donné dans le monde au niveau de l’art, de la littérature,de la liberté, de la cuisine, de la manière de voir les choses : c’est un régal. J’ai pris beaucoup de cela, j’ai pris beaucoup d’informations.

On ressent dans toutes tes chansons un soin particulier porté à l’écriture. C’est important pour toi ?
J’ai besoin que chaque phrase, chaque mot apporte quelque chose. Il faut que cela soit fluide et sorte naturellement mais je ne veux pas chanter n’importe quoi ! Il ne faut pas pour autant être trop intellectuel car il s’agit de se connecter avec les gens, mais il ne faut pas non plus être trop simplet ! J’aime les choses simples car il y a toute une génération qui complique tout et je dois t’avouer qu’avec la naissance de mon fils toutes ces complications autour de moi m’ont dégoutée. La simplicité c’est ce qu’il y a de plus difficile à avoir, mais cela n’enlève rien à ma complexité. Je suis quelqu’un qui vibre, qui ressent les choses très profondément. Je ne peux pas me déconnecter des problèmes du monde. Je me sens parfois frappée à droite, à gauche…


C’est un humanisme que l’on retrouve notamment avec le premier titre qui est aussi le single "Entends-tu le monde ?"…
Je crois beaucoup en l’homme. Je sais que naturellement, il peut être un destructeur mais je le crois capable aussi de réparer les choses. J’espère que cette chanson montre bien ces deux côtés. On est dans un état socialement et écologiquement crucial. Il faut arrêter de discuter, de constater, maintenant c’est l’heure de l’action. J’y contribue, à mon niveau. Je n’ai pas de voiture, tu ne peux pas savoir comment cela me manque ! Seconde chose, je recycle tout. On n’allume pas toutes les lumières dans la maison, on conserve l’eau, on essaie de manger organique. J’aime beaucoup soutenir le petit commerçant, pas la production de masse ! Il faut arrêter avec ces conneries là ! Alors, ma famille et moi donnons notre petite contribution, du mieux possible. C’est notre manière de faire des choses. Mon rêve c’est d’avoir un bout de terrain en Corse et de faire pousser mes tomates et mes concombres. J’ai grandi comme cela !

Musicalement, tu ouvres aussi le monde à de nouveaux sons. Mais, comment réussis-tu une telle unité avec des influences si multiples ?
Une des plus belles choses quand vous êtes musicien c’est cette formidable possibilité de traverser toutes les couleurs, toutes les religions, tous les endroits du monde. C’est un véritable partage. Avec la musique tout le monde se comprend. J’ai toujours cru à cela !

Cet album sait aussi se montrer très intimiste avec des chansons pleines de passions et d’émotions. C’est le cas avec "L’un pour l’autre" ?
Oui, puisque je pose la question : Pourquoi est-on fait l’un pour l’autre ? Mais, c’est une question extraordinaire à laquelle il ne faut pas trouver de réponse. Il y a parfois une complicité inexplicable. Il y a quelques sujets que tu ne peux pas intellectualiser.

Avec "Ailleurs", tu parles de rupture. Pourquoi aborder ce sujet ?
Mais parce que cela fait partie de la vie ! J’ai beaucoup de respect pour les gens qui ont la capacité de te dire en toute sincérité qu’ils n’ont pas ou plus le coeur à t’aimer. Je trouve que c’est vraiment courageux là où d’autres ne font que tricher et mentir. Qu’est-ce que l’on gagne à vivre comme cela ? Moi, je ne veux pas le vivre. Plutôt que d’être mal accompagnée, j’ai préféré passer beaucoup de temps seule avant de me marier. Les moments de vides sont nécessaires aussi. Il ne faut pas tricher.

Tina, au fil des textes et des sonorités, tu nous offres un album très surprenant…
Ce qui est sûr, c’est qu’il est différent. Tout cela a évolué et on a pris des risques qui, pour moi, n’en sont pas, car ils vont dans le sens d’une progression naturelle... Il y a, dans certaines chansons, une profondeur et une beauté liées à la langue qui me plait et dont je suis très fière.

Qu’est-ce qui t’a influencé musicalement ?
Tout m’influence ! Ma vie, mes observations, mes choix, mes espoirs, mes peurs... C’est un tableau très coloré en fait. Cet album est très proche de moi.


Propos recueillis par Tony Gomez : www.tonygomez.com | Merci à ParuVenduParis : www.paruvenduparis.com