Isabelle Mergault : "L’écriture est primordiale"

Le cheveu sur sa langue bien pendue l’a fait passer pendant longtemps pour la comique de service et la nunuche zozotante. Et, pourtant, il aura suffi de la lame de fond qu’a représenté son film Je vous trouve très beau avec 3,6 millions de spectateurs pour donner une autre image d’Isabelle Mergault. Interview dans sa loge du Théâtre des Variétés.
En trois semaines d’exploitation, votre film frôle le million et demi de spectateurs. Heureuse ?
Je suis heureuse mais les chiffres ne me parlent pas alors que lorsque je suis sur une scène et que je vois devant moi les réactions du public en direct, je concrétise davantage cet engouement. Toutefois, sans prétention, je ne pensais pas que j’allais me planter, sinon je ne l’aurais pas fait sans me prendre pour une diva du cinéma. Mon film, je l’ai fait de façon artisanale et du mieux possible comme un boulanger qui va être fier de son pain. Du coup, la profession vous regarde avec envie, parfois avec jalousie ou aigreur, en se disant : “Elle n’a jamais rien fait et là, elle rafle la mise avec 3,6 millions d’entrées !”. Sauf que j’ai vraiment beaucoup bossé, que je travaille depuis l’âge de dix-huit ans et que visiblement ma sensibilité semble plaire et parler au plus grand nombre.
Vous n’en êtes pas à votre premier scénario ; vous en avez écrit une quinzaine et vous avez tourné plus d’une vingtaine de films...
Tout à fait. Je ne dois rien à personne. J’ai toujours travaillé. J’étais certes dans Les Grosses têtes pendant dix ans et chez Laurent Ruquier, mais cela ne m’a jamais empêchée d’écrire des scénarios et dialogues pour la télévision et le cinéma.
N’êtes-vous pas un peu victime de votre image ?
Non, je la vis très bien. Je suis une artiste populaire, notamment avec Les grosses têtes et je ne regrette pas du tout ce que j’ai fait. Je l’assume sans problème.
On vous a longtemps cantonné dans ce registre de comique de service ; vous en avez souffert ?
Non, c’est l’image que j’ai donnée au public. Il ne faut pas s’en étonner ! Seuls les médias, l’intelligentsia intellectuelle et parisienne a un problème avec ça !

Vous bannissez la condescendance d’un certain milieu médiatique, intellectuel et artistique ?
Tout à fait. Je n’ai pas de côté star, je suis normale. Je déteste le parisianisme. J’aime les artisans payés pour un boulot et qui le font bien. Nous sommes bien payés, sommes privilégiés et il faut en avoir conscience ! Il y a des gens qui galèrent dans notre pays, des gens qui souffrent. Alors, en ce qui me concerne, je fais mon métier avec plaisir et humilité. Les égos et comportements de certains artistes me choquent. Un peu de décence. Ma femme de ménage gagne 13 euros de l’heure, a 32 ans, se bloque du dos et ne sait pas si elle pourra un jour continuer à marcher ! C’est pourquoi les privilégiés dans mon genre qui exhibent sans pudeur leurs petits malheurs me mettent en rogne !
Pour revenir à votre film, quelle est la recette de votre succès ? Votre peinture de certaines situations de la vie, de moeurs de notre société qui piquent juste et laissent en filigrane deviner votre sensibilité, votre côté fleur bleue, qui touche les gens et dans lesquelles ils se retrouvent ?
Je pense que mes comédies sentimentales, les histoires humaines que je raconte avec ma sensibilité, mon regard, parlent
au plus grand nombre et touchent le coeur des gens.
On a l’impression que pour vous l’humour ne se départit pas de l’émotion. L’un ne va pas sans l’autre ?
Oui, à l’image de la vie. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Et, j’aime passer du rire aux larme et l’émotion est d’autant plus intense si l’on vient juste de rire avant.
Dans vos films, on sent un vrai sens des dialogues, avec le souci du détail ciselé par l’envie de piquer juste. Le sens du mot juste, du verbe précis, c’est important pour vous ?
Chaque mot, chaque réplique a son importance. L’écriture est primordiale. D’ailleurs, je ne veux pas qu’on retouche mes dialogues car chaque mot est choisi, ciselé, pesé. J’aime la musique des mots.
Autre trait caractéristique : vous soignez aussi vos seconds et petits rôles. Ils sont tout aussi importants que les têtes d’affiche ?
Ah oui ! Et, j’y tiens ! Il n’y a pas de petits rôles et de stars dans mes films. Au même titre que mes dialogues, mes mots ont une musicalité, tous les rôles si petits soient-ils doivent jouer leurs partitions dans mes films et ont leur importance.
Comment faites-vous le choix des comédiens ?
Il se fait en fonction de ceux qui adhèrent à ma sensibilité, à mon univers. Je dois m’entendre avec eux. Je ne veux pas de conflit sur le plateau, pas d’histoires d’égo comme j’ai pu le vivre sur certains films. J’engage des artistes qui partagent ma sensibilité, que je ressens comme pouvant être de ma famille.
Passe-t-on difficilement aux manettes d’un film ?

Je pensais qu’il fallait avoir un cursus assez technique et cela m’effrayait. Mais, vous savez, dans ce métier, on est très épaulé, on a une équipe technique qui travaille avec vous. L’essentiel est de savoir exactement où on va. Les deux fois, j’avais vraiment mon film dans la tête. J’écris des histoires simples, sentimentales sur des sujets que je connais, qui me touchent. Et, j’essaie de mettre des images dessus.
Le cinéma en tant qu’actrice, c’est vraiment fini pour vous ?
Oui, je ne suis pas faite pour ça. Même si j’ai commencé dans le métier en jouant une prostituée dans La dérobade, je préfère de loin la scène.
Alors, à ce propos, vous jouez Croque-Monsieur au Théâtre des Variétés, encore une veuve, mais qui cherche un milliardaire, mis en scène par Alain Sachs.'' Vous êtes dix sur scène, le tout dans un décor digne d’un film de Jacques Tati et où tous les rôles sont mis en valeur, un peu comme dans du Feydeau…
C’est ce qu’on appelle un vrai cadeau ! C’est une merveille, nous sommes dix sur scène, tout est très beau, c’est du vrai théâtre, ce n’est pas deux ego qui se retrouvent pour s’affronter face au public. C’est un festival, un feu d’artifice. Alain Sachs est au service des comédiens, du texte. Tous les rôles sont mis en valeur. J’adore cette aventure, que tous les rôles soient mélangés. Je n’ai pas envie que l’on parle de moi. Je veux que les spectateurs sortent en disant qu’ils ont vu un superbe spectacle, du vrai, grand et beau théâtre qui fait rêver ! Tout a été étudié pour que le public – et les acteurs – passent une soirée inoubliable. C’est pour ces précieux moments que j’ai renoncé au cinéma et ai choisi le théâtre !
Votre domaine de prédilection, c’est la comédie ?
Oui, sur scène, je suis contente de faire rire. Je sais jusqu’où je peux aller, je sais ce que je peux faire, je n’ai pas la palette suffisante pour faire de la tragédie. Je ne suis pas une très grande comédienne mais je connais ma force comique et je joue à fond. J’ai une nature comique. je l’exploite !
C’est une vraie jubilation commune lorsque l’on vous voit sur scène !
J’ai joué dans deux pièces à succès de Laurent Ruquier, et à chaque fois sur la scène du Théâtre des Variétés. Avec Croque-Monsieur, je suis pour la première fois la tête d’affiche et quand on est sur scène et que l’on fait rire les gens et qu’ils vous disent merci, ça me donne le sourire. Je ne me dis pas que je fais partie de l’élite, bien au contraire, je me dis que je fais partie d’eux puisque je leur parle directement au coeur. Le succès fait que je me sens proche de toutes ces personnes !

Vous vous êtes vue d’emblée dans ce rôle de Coco Baisos ?
Pas tout de suite. C’est Alain Sachs, le metteur en scène, qui voulait absolument monter une pièce et m’en donner le rôle principal. Nous avons pioché dans le répertoire de Jacqueline Maillan, que j’admire, et j’ai été séduite par le texte de Marcel Mithois. La pièce a été écrite en 1964, mais elle n’a rien perdu de son rythme et de son ton corrosif. J’ai beaucoup ri à la lecture. J’espère camper ce rôle avec justesse.
Que partagez-vous avec cette fameuse Coco Baisos?
Pas l’amour de l’argent ! Je suis désintéressée ! Mais, nous avons en commun la fureur de vivre,
le joie de vivre. C’est un être multiple, riche, complexe, avec de nombreuses facettes. Elle est joueuse et très tonique, flamboyante et pétillante. C’est une femme de tempérament.
Quels sont vos projets ?
L’écriture et le tournage cet été de mon troisième film sur la chasse du caribou au Canada. Je souhaiterais qu’Isabelle Adjani y participe. Elle y a un rôle. Je ne sais pas si elle acceptera. J’aime cette femme. Elle me touche. Elle est sensible, pleine de fêlures, de failles.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ? Car, vous n’avez jamais été aussi populaire et tout vous réussit aujourd’hui ?
Je n’ai jamais été opportuniste et carriériste. Les choses me sont arrivées comme cela, sans calcul. Mon but a toujours été d’être indépendante, de faire ce que je voulais, d’être libre. En ayant toujours cherché à être libre, je suis finalement le plus proche de ce que je veux faire aujourd’hui. Tout me réussit aujourd’hui certes mais j’ai travaillé. Cela suscite des convoitises et des jalousies mais cela n’a rien changé pour moi et je ferme toujours la porte aux hypocrites, aux flagorneurs de ce métier ! Je reste la même.
- Propos recueillis par DominiquePARRAVANO
Par La rédaction, jeudi 7 février 2008 à 06:15 - Interview - #631 - rss








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Commentaires | votre avis
1. Le jeudi 1 mai 2008 à 00:50, par jean baptiste