La dernière fois, vous disiez que la chanson ne vous rendait plus heureuse ? Alors, pourquoi ce revirement et avez-vous retrouvé le goût du désir de refaire de la chanson ?
Après mon précédent album qui n’a pas été un grand succès commercial, j’ai eu une période qui a suivi en demi-teinte car je constatais que ça devenait de plus en plus difficile de faire de la musique. Je trouve par moment qu’on perd le charme de la musique. Tout ce qui va autour, les maisons de disques, le marketing, le téléchargement, prend souvent le pas sur l’essentiel, à savoir l’artistique. Je trouve que cela devient compliqué. Aujourd’hui, on vend les disques comme si on vendait des savonnettes. La scène doit rester quelque chose de fabuleux, d’exceptionnel, de féérique. On doit garder le sens du spectacle. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu faire un break pour revenir dans un autre état d’esprit et avec un album dont je suis fier de défendre les couleurs.

Alors, cet album, c’est le goût du désir, qui renvoie à vos premiers albums…
Oui, ça me fait plaisir de me réentendre dans cet univers-là. Avec Art Mengo, on était comme des potes de lycée. La connexion a été parfaite et harmonieuse. On a fait l’album chez lui, avec son parolier Marc Estève, dans la campagne toulousaine. On avait le temps, loin de toutes contraintes. C’était agréable.

Est-ce à dire que vous reniez votre précédent album, La chanteuse de bal, qui a été un échec commercial et qui était peut-être un peu plus fourre-tout avec néanmoins certaines chansons très réussies ? Non, je ne renie rien mais j’avoue que le disque était très brouillon. Je me cherchais peut-être à ce moment-là. Il y a des moments où il vaut mieux s’abstenir. Jean-Jacques Goldman a fait deux chansons beaucoup plus “variété” et qui n’avaient rien à voir avec le reste. Et puis, les retrouvailles avec André Manoukian pour cet album, avec le recul, n’ont peut-être pas été une très bonne idée.


Est-ce à dire que le public ne s’y est pas reconnu et que la condition de votre retour était de revenir à votre univers de prédilection : le jazz ?
Je pense que le public me préfère dans ce registre là car je viens de cet univers et il m’a connu dans ce registre-là. Pourtant, mon précédent spectacle a très bien fonctionné mais je ressentais le besoin également de revenir à ce que j’aimais chanter viscéralement. Le jazz, c’est toujours tout ce que j’ai aimé. J’ai toujours voulu être une chanteuse de jazz.

Pourquoi avoir confié la conception totale de votre album au binôme Marc Estève et Art Mengo ?
Parce que la magie a opéré tout de suite. J’ai tout de suite adhéré à ses compositions. Ils m’ont fait un album sur mesure. C’est de la haute couture, de la dentelle. Sa musique est un vrai gant de velours au verbe de Marc Estève. Ce sont deux belles rencontres. On a travaillé avec bonheur et humour dans l’amour des mots et des notes. On a ri. J’ai été superbement accueillie et entourée.

Et, il n’y a pas que du jazz dans cet album, il y a aussi de la pop, du blues et du gospel...
Oui, c’est tout ce que j’aime avec le jazz. Art Mengo, pour moi, est le Michel Legrand pop. Ils ont tout de suite adhéré et compris mes libertés harmoniques et mes aspirations musicales mais aussi la femme et l’artiste et ce que j’avais envie de dire ou ce que je leur inspirais.

Vous chantiez dans votre précédent opus une chanson magnifique Déracinée sur vos origines et, cette fois-ci, vous chantez une chanson sur vos repères baptisé Âme gone et qui s’inscrit dans la lignée de la précédente…
La chanson Déracinée que j’ai écrite avec Alice Dona fait référence à mes origines, à mon histoire familiale et rend hommage à tous les déracinés et à mes parents qui n’ont pas baissé les bras. Quant à la chanson, Âme gone, elle est un clin d’oeil tendre à une autre partie de ma vie, à la ville où j’ai grandi et où je retourne toujours avec plaisir et émotion. Je parle de la soie, des traboules, de mes souvenirs de jeunesse. C’est d’ailleurs la seule chanson où j’ai participé vraiment à l’écriture.


Sur cet album, on s’immerge également subtilement dans des saveurs d’ailleurs avec Et même si c’est bateau, On aura tout le temps et la participation du Trio Esperança... Pourquoi avoir voulu chanter avec le Trio Esperança ?
J’ai tenu à les avoir sur ce disque. J’adore leurs voix. Je les voulais absolument. Je voulais le mariage de la douceur de nos voix. J’adore la couleur de leurs voix. J’ai eu du mal à les retrouver mais le résultat est réussi.

À propos de couleurs, vous êtes une femme toute en couleurs et une vraie touche-à-tout ! Un vrai arc-en-ciel !
(rires). Oui, c’est vrai ! Je pense que les gens commencent à s’y faire. Ils ont compris ma nature, mon besoin d’explorer des univers différents, de faire des choses nouvelles. J’aime déranger, apprendre. Je suis curieuse de nature.

D’ailleurs, désormais, vous cumulez chanson et comédie puisque vous revenez au Théâtre Marigny avec la Folle parenthèse qui a été un succès incroyable sur lequel personne dans le métier n’aurait parié !
Effectivement ! Personne dans le métier n’aurait parié sur moi ! Et pourtant, les salles sont pleines partout. Je suis en tournée avec ce spectacle jusqu’à début 2009 et je reviens à Paris dès le 4 juin. Toutefois, il n’est pas question de mettre, ne serait-ce qu’un instant, entre parenthèses ma vie de chanteuse. C’est aussi une façon de prouver qu’il faut arrêter de mettre les gens en cage et dans des cases en France. On peut explorer des univers différents avec talent et succès, en toute modestie. Au départ, c’était pourtant un vrai risque. Mais, j’aime déranger. Pourtant, on me l’a déconseillé : être chanteuse de jazz et clown, ça ne se fait pas ! Les gens oublient juste que j’ai toujours fait plein de choses. Quand j’étais petite, je faisais du théâtre, des claquettes, du piano et je chantais dans l’orchestre de mon père !


Mais, l’imitation est-t-elle vraiment qu’une parenthèse ?
Elle fait partie de ma vie depuis longtemps. J’y ai aussi été poussée par Jean-Claude Brialy que j’aimais beaucoup. Je pense que, dans la vie, il faut faire ce qu’on a envie de faire et je suis heureuse d’avoir été jusqu’au bout de mon désir et de mon rêve.

Faire rire, est-ce plus jouissif que de chanter ?
Oh oui, c’est très jouissif. Faire rire un public est une vraie découverte pour moi. Ce sont des moments délicieux. Je me suis même surprise à travers ce spectacle car je ne prends jamais ma vraie voix. Je jongle entre les deux disciplines. Il y a désormais la chanteuse et l’imitatrice.

Avez-vous tenté des voix masculines ?
Non, je fais juste l’attachée de presse d’Elie Kakou qui était mon ami. Pour les autres personnages, ce ne sont que des femmes, des chanteuses. J’essaie d’être drôle sans attaquer personne. Il y a aussi beaucoup d’hommages.

C’est vrai que vous êtes donc plus dans l’observation que dans la satire ?
Je suis dans la justesse de la voix du personnage. C’est magique car je passe très vite de voix en voix. Je me sens un peu comme le transformiste Arturo Brachetti qui change de personnages et de vêtements en quelques secondes. La satire n’est pas le propos pour l’instant.


Comment réagissent les femmes que vous imitez ?
Très bien. Catherine Laborde a adoré. Elle n’en revient pas qu’on l’imite sur scène. Mes copines Muriel Robin, Line Renaud qui est ma marraine dans ce métier, ou Catherine Lara se trouvent très réussies.

Parmi les stars que vous imitez, quelles sont celles pour qui vous avez le plus de tendresse ou d’émotions ?
Je les imite toutes d’un même amour, mais j’ai une tendresse spéciale pour Barbara. Avec Dalida, elles sont les deux chanteuses que j’ai adorées, très tragédiennes.

Au fond, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire le clown ?
J’ai eu la chance de naître dans une famille qui aime beaucoup rire et qui m’a toujours poussée dans cette direction. C’est à la fois inné et cultivé. Je pense que c’est un chemin, un destin et aussi une vocation. J’adore ça !

Ce n’est pas difficile de passer de la chanteuse au clown ?
Non , c’est la même maîtrise de soi pour donner du plaisir aux gens, que cela soit dans le rire ou dans les larmes. Je suis dans “l’entertainement”. Je me suis trompée de pays, j’aurais dû naître aux Etats-Unis! (rires). Chanter dans les bals a pour moi été une bonne école, une bonne formation de base. Mes parents m’ont toujours dit que j’étais une fantaisiste à l’américaine. Ils adoraient Frank Sinatra et Judy Garland et m’ont mise sur cette voie. Je l’ai suivie avec plaisir car j’étais assez douée.

Votre participation aux Grosses Têtes s’inscrit-elle dans le même état d’esprit ?
Tout à fait. C’est une belle famille que je suis contente d’avoir rejoint et que je remercie surtout de m’avoir accueilli. J’adore Philippe Bouvard. C’est un être brillant. Je suis la petite dernière alors ils me protègent et sont adorables avec moi.

Même chose pour le cinéma et la télévision ?
Je ne m’interdis rien. J’adore faire des films ou des téléfilms. C’est tout l’intérêt de notre métier que de pouvoir faire des choses différentes. Il faut faire les choses avec envie et désir sans se prendre au sérieux. La vie est courte, vous savez et j’ai vraiment conscience de cela. J’ai perdu beaucoup de gens que j’aimais. Et, cela me rend encore plus consciente du côté évanescent et fragile de la vie. Raison pour laquelle je vis pleinement et ne m’interdis rien. Je suis vraiment pleinement heureuse artistiquement. Je suis ravie d’avoir réussi ce pari de l’humour ! Même si personne n’aurait misé un sou sur moi !