Vous réalisez peu d'interviews en France. Pourtant, le public français vous apprécie, plébiscite vos albums mais on vous connaît peu finalement. Alors, de prime abord, je voudrais savoir d'où vous vient ce surnom de Zucchero qui veut dire sucre en italien ?
Mon vrai prénom est Adelmo. Mon surnom Zucchero m'a été donné par l’un de mes professeurs car j'étais un enfant réservé, doux, timide, introverti et souvent seul. Alors, il m'a donné ce surnom car pour lui j'étais doux comme un sucre et ce surnom est resté même dans ma famille. Sucre, se dit de quelqu'un d'adorable, de doux. Plus personne ne m'appelle Adelmo.

Ce qu'on ne sait pas toujours, c'est qu'avant d'être le guitariste que vous êtes, vous jouiez de l'orgue à l'église plus jeune ! C'est pas courant !
Oui ! (rires). Je me suis toujours passionné pour la musique et les instruments. Le matin, j'allais à l'église et le prêtre me donnait des leçons d'orgue. J'adorais ! Cet instrument me fascinait. En contrepartie, je l'aidais à servir la messe. C'est un beau souvenir. Par la suite, dès que j'avais l'occasion de jouer d'un instrument dans un groupe ou de chanter, je le faisais. J'ai toujours tout fait pour faire partie de groupes. Je m'adaptais. J'apprenais à l'oreille.

D'ailleurs, vous avez fait partie de nombreux groupes avant de chanter en solo...
Tout à fait ! J'ai créé mon premier groupe en 1970. Et, pendant huit ans, j'ai fait partie de trois groupes : Le Nuove Luci, Sugar & Daniel et Sugar & Candies. Puis, lors d’un voyage à San Fransisco pour rendre visite à Corrado Rustici, j'ai fait la rencontre de Randy Jackson. Et, à mon retour, en Italie en 1985, j'ai créé un nouveau groupe composé de Randy Jackson à la basse, Corrado Rustici à la guitare, Walter Afanatieff aux claviers et Giorjo Francis Perry à la batterie et j'ai sorti l’album Zucchero & The Randy Jackson Band. Ces groupes faisaient du rythm and blues.

C'est votre musique de prédilection ? Je ne sais pas pourquoi mais j'adore cette musique. C'est un de mes copains où j'habitais en Italie qui m'a fait découvrir cette musique que ce soit Ray Charles,Ottis Redding, Marvin Gaye et bien d'autres. Cette musique est proche de mon âme et de ma voix. Et, forcément, cet amour pour la musique noire m'est restée quand j'ai fait mes propres disques. Elle a une vraie résonance pour moi. Du coup, ma musique est un mélange de toutes ces influences et de mes racines méditerranéennes.

Pourquoi aimez-vous autant les groupes ?
J'aime les familles qui voyagent, l'esprit de groupe avec ce plaisir ultime de partages sur une scène. C'est la plus belle chose qui soit.

En fait, vous avez connu vraiment vos premiers succès assez tard, pratiquement à la fin des années 80...
Oui, c'est vrai. Mon premier vrai succès date de 1987 avec l’album Blues, vendu à plus d'un million d’albums en Italie, que j'ai fait avec Corrado Rustici et David Sancious. Vous aimez les groupes mais également les duos. J'ai rarement vu un artiste –mis à part certains crooners américains– qui ait enregistré autant de duos sur une si petite carrière avec les plus grandes stars de la musique, parmi lesquelles Miles Davis Paul Young, Ronan Keating, Sheryl Crow, Dolores O’Riordan des Cranberries, B.B. King, Brian May et Solomon Burke.

Pour quelles raisons ce goût pour les duos ?
Un peu pour les mêmes raisons que pour les groupes. Car, j'aime partager, échanger. J'aime les expérimentations, le mélange des voix de chacun des artistes dans des styles différents et avec une interprétation qui leur est propre. J'aime l'identité que chacun peut donner à une chanson, le relief qu'il peut en ressortir chacun avec son style. Mon premier duo a été avec Miles Davis, suite à une chanson qu'il avait entendu de moi à la radio, Dune Mosse. J'ai enregistré une version de ce titre avec lui. Ce fut un très grand souvenir car c'est une icône pour moi. Miles Davis fut à la pointe de beaucoup d'évolutions dans le jazz et a marqué l'histoire du jazz et de la musique du XXe siècle. Presque tous les grands noms du jazz ont travaillé avec lui.

Tandis que chez nous, vous avez enregistré avec notre Johnny national...
Oui, quelle voix ! Quelle puissance ! Je ne pouvais pas rêver mieux ! Quel engagement ! Quelle énergie et force dans l'interprétation ! J'aime cela ! Mais, attention, je n'aime pas les duos côute que côute. Il faut qu'ils soient intelligemment faits. Je ne me vois pas en faire avec les Spice Girls par exemple !

En parlant de voix, vous avez enregistré également Miserere avec le Maestro, Luciano Pavarotti. Comment avez-vous eu l'idée de ce mélange de voix aux antipodes ? J'ai écrit Miserere à un moment douloureux de ma vie, où j'étais dépressif et où je me séparais de ma femme. À cette époque, j'écoutais beaucoup Puccini. Et, un jour, en cinq minutes, j'ai écrit cette chanson et j'avais besoin d'un ténor pour une partie chantée de la chanson. Il n'avait jamais fait cela et n’avait jamais été contacté par un chanteur rock. Il a adoré l'idée et est tombé amoureux de la chanson.

Quels souvenirs gardez-vous de lui ?
Je l'ai adoré. Quel artiste, quel homme attachant ! Il était généreux. On était tous deux d'Émilie-Romagne. On partageait les mêmes valeurs, la même façon de voir les choses. C'était un frère, simple, direct qui aimait la campagne comme moi. C’est de là qu'on a élaboré le concept du gala Pavarotti & Friends. Le premier de ces concerts, retransmis à travers le monde, a été suivi ensuite d’une longue série d’autres shows annuels pour collecter des fonds pour les causes humanitaires. Chaque année, les plus grands artistes pop du monde participent à cet événement. Et, cette collaboration, m'a donné ensuite l'idée de faire un duo de la même façon avec Andréa Bocelli, dont j'ai lancé la carrière.

Autre duo majuscule, celui que vous avez fait avec John Lee Hooker et qui sera son dernier morceau enregistré en studio...
Oui, pour le titre I lay down. Malheureusement, ce fut son dernier morceau enregistré. Je ne pensais pas qu'il viendrait l'enregistrer. Je lui avais envoyé sans réponse pendant une semaine. Et puis, un jour, j'ai eu l'heureuse surprise de le voir débarquer au studio d'enregistrement. Il est arrivé dans une limousine noire, coiffé d'un beau chapeau avec deux superbes créatures. Il était très affaibli, maigre mais très raffiné. Il a été impliqué. Il avait une vraie passion pour la musique. Il est mort deux mois après. Cette chanson a été comme un présage.

Vous faites de nombreux concerts caritatifs ou humanitaires. C'est important pour vous cet engagement au travers de la chanson ?
C'est primordial. Je profite de mon micro pour aider des associations ou des causes qui me touchent dès que je le peux. Je me suis produit, par exemple, au Gala de Charité de Pavarotti à Modène ainsi qu’à Munich au concert de Charité pour la Croix Rouge aux côtés de Michael Jackson ou au concert New York Net Aid, diffusé partout dans le monde. De passage à Paris, j'ai même participé à l’album Solidays avec notamment Johnny Hallyday, Peter Gabriel et Youssou N’Dour, destiné à récolter des fonds pour la lutte contre le SIDA en Afrique. En 2003, j'ai été invité par Brian May et Dave Stewart au concert 46664 give one minute to your life to save AIDS, organisé par Dave Stewart et Queen en soutien à la campagne de Nelson Mandela. Enfin, j'en passe. Il ne s'agit pas d'établir une liste. Je n'en tire aucune gloriole mais dès que je peux contribuer à mon petit niveau à faire avancer les choses, je le fais en toute modestie.

De quand date votre consécration internationale car vous chantez vraiment dans de nombreux pays ?
Mon album Blues est mon premier album qui ait dépassé les frontières de l'Italie. Je l'ai fait connaître en Suisse et en France. C'est en 1989 que tout a commencé suite à un de mes concerts qu'Eric Clapton a vu en Sicile. De là, j'ai fait mon cinquième album Oro Incenso e Birra, sur lequel on retrouve les musiciens déjà présents sur l’album Blues rejoints par Eric Clapton, dont le solo de guitare sur le titre Wonderful Wolrd. L’album est sorti en Angleterre. Pour assurer la promotion du disque, je suis parti en tournée européenne en partageant l’affiche avec Eric Clapton. J'ai même joué au Kremlin de Moscou où j'ai chanté Imagine en duo avec Randy Crowford et Many Rivers To Cross avec Toni Childs. Ensuite, j'ai enregistré Senza Una Donna avec Paul Young. Et, tout est parti vraiment de là. Le titre s’est classé N°1 dans la plupart des pays européens ainsi qu’aux États-Unis. Et, la même année, j'ai rejoint les musiciens de Queen lors du concert Freddie Mercury Tribute donné au stade de Wembley.

Et en France, de quand date vos premiers succès ?
D'il y a 20 ans. La France a été le premier pays à publier mon album Blues. Je ne l'oublie pas. J'ai eu un trés gros succès avec le titre Diavolo in me. C'est vraiment le premier pays qui m'a ouvert les bras et qui m'a traité avec un grand respect. J'ai même fait le Ricard Tour qui m'a permis de découvrir de nombreuses régions françaises.

Et vous avez eu encore un succès en lame de fond avec Baila, la B.O. des Bronzés 3, 3ème volet d’un film culte chez nous ?
Oui, j'ai su que le film avait eu beaucoup de succès et j'ai été heureux après coup de savoir que mon titre Baila ait participé de ce succès. Vous aimez beaucoup cette chanson en France.

Et pas qu’en France ! Ce fut un raz de marée dans de nombreux pays !
Tout à fait ! Baila s'est classé directement N° 1 en Italie dès sa sortie en juillet 2001, ainsi qu’en Suisse où il est devenu disque d’Or et pour la première fois en Espagne. J'étais fou de joie. D'ailleurs, l'album Shake, dont était issu Baila est sorti en Europe en septembre, où il a depuis dépassé le million de copies vendues.

Vous êtes dans quelques jours, le 27 mai, au Palais des Sports. Quelle va être la couleur de ce nouveau spectacle ?
Ce spectacle fait suite à la sortie de mon best of qui s'appelle All the best, qui rassemble les plus grands tubes de toute ma carrière. Donc, dans ce spectacle, vous retrouverez tous mes succès. Je suis dans une tournée mondiale et nous prenons beaucoup de plaisir. J'ai un petit groupe de musiciens excellents et qui ont joué avec les plus grands parmi lesquels David Sancious, Paul Jones, Kat Dyson, Adriano Molinari, et Mario Schiliro. C'est un spectacle intense, puissant, plein d'énergie. Il est à la fois rouge et or. Je ne vous en dis pas plus, vous verrez pourquoi.

Propos recueillis par l'excellent Dominique PARRAVANO : http://www.paruvenduparis.com