Yves Simon : "J’ai horreur des certitudes"

Subjugué par les grandes villes et les fabuleux espaces, amoureux des mots écrits et chantés, Yves Simon vit à l’ombre du show-biz. Avec ses tubes des années 70, ses romans délicats et intimes, son nouvel album "Rumeurs", il fait ce qu’il aime. Tant mieux.
Fils de cheminot, vous n’étiez pas prédisposé à devenir auteur-compositeur-interprète et écrivain. Comment s’est opéré ce cheminement vers l’écriture ?
- Je crois qu’enfant, j’avais les mêmes rêves que mes parents. Mon père était cheminot, ma père infirmière et à 12 ans, je m’imaginais ingénieur parce que j’étais assez bon en physique et en chimie. Et puis à 15 ans, j’ai fondé avec quelques amis un groupe de rock, les Korrigans. J’ai écrit mon premier roman en seconde. Mes parents ne se sont pas opposés à ce changement de cap. J’étais fils unique et respecté dans mes choix.
Vous aimez les voyages. Pour "l’instant", la curiosité, la rencontre avec l’autre ou pour ce que vous en gardez ?
- Le goût du voyage vient de mon père. Comme il travaillait à la SNCF, je pouvais voyager gratuitement sur tout le réseau français. Etudiant, je partais de Paris vers la Côte d’Azur comme les riches. Je me suis aussi beaucoup déplacé en stop. J’aime la rencontre avec l’autre, l’inconnu. Je refuse de m’enfermer dans l’égocentrisme et j’aime connaître d’autres religions, d’autres histoires. Je suis allé dans beaucoup d’endroits et j’en suis revenu avec une autre vision du monde, d’autres certitudes. J’ai horreur des certitudes.
En 1977, vous déclariez être fatigué de la scène. Comment l’envie est revenue ?
- C’est vrai, en 1977, j’avais sorti un album, j’étais parti en tournée en Corée, au Japon, en Allemagne, en France. J’étais fatigué. Et puis un an plus tard, j’étais en voiture avec ma compagne quand on a entendu « Diabolo menthe ». Elle m’a dit : « c’est inqualifiable quand on a du talent de ne pas l’exercer ». Le désir de chanter m’a repris. C’était aux Francofolies à la Rochelle, un vendredi 13 juillet. Quand j’ai entendu la standing ovation, ça m’a coupé le trac.
Aujourd’hui, on vous voit sur scène, on vous voit dans les librairies ? Deux « métiers » différents pour un même homme. Qu’est-ce qui vous attire dans ces deux directions ?
- J’aime chanter, j’aime écrire. J’alterne. Je sors un disque tous les deux ans et c’est comme ça. Je m’aperçois que toutes les générations adhèrent à mes chansons. J’ai rencontré l’autre fois une fille de 22 ans qui m’a dit quand j’entends vos chansons : « je pleure ». Cela m’a ému.
Vous dites « Mon travail d'écrivain porte sur l'invisible, sur ce qui ne laissera aucune trace ». Mais pourtant quand on écrit, c’est pour laisser des traces ?
- Sur ce qui ne laissera aucune trace visible, sur ce qui est en nous. Aujourd’hui, ce qui laisse des traces, c’est ce qu’il y a dans les journaux mais dans un siècle, c’est dans les livres qu’on saura comment les gens pensaient, qu’on mettra à jour leurs rêves et leurs tristesses.
Vous avez composé des titres « mythiques » comme « Les Gauloises bleues », « Au pays des merveilles de Juliette », « L’Abysinie », « J’pense à elle tout le temps », « Manhattan », « J’ai rêvé New-York » qui font forcément plaisir à votre public ? Et vous, quelles sont les chansons que vous aimez interpréter ? - Je suis comme le public. J’ai une grande affection pour « Les Gauloises Bleues », « Manhattan », « Cet enfant-là ». Sur les 20 à 25 chansons que j’interprète en concert, il y a la moitié de connu, l’autre moitié moins, des chansons que j’aime beaucoup comme « Regarde-moi » ou « Raconte-toi ».
Comment appréhendez-vous votre rencontre avec le public estival ?
- Au départ, j’avais beaucoup d’appréhension. Je craignais le public distrait, là par hasard. J’ai chanté en mars dernier à l’Olympia devant mon public et j’étais bien. Il y a peu de temps, j’ai été invité à Albi à 7 heures du soir sous une chaleur accablante en pleine lumière. Rien à voir avec les conditions d’un lieu intime, fermé, plongé dans le noir. Finalement, je me suis habitué tout de suite à cette ambiance estivale et j’étais très présent.
Vous aimez autant l’Atlantique, le Pacifique, la Méditerranée ?
- Je suis fasciné par les grands espaces. J’aime l’Atlantique. D’ailleurs, Léo-Paul Kovski, le héros de "Océans" et petit-fils d’émigrants polonais va jusqu’au bout de l’Europe continentale, la Bretagne. La Méditerranée me touche car elle est le berceau de notre civilisation. Et en même temps, j’adore le Pacifique.
MP3, raquettes, bouquins ?
- Je m’ennuie vite à la plage et puis le soleil, c’est bon pour le corps, pas pour la peau. Je m’assois, je lis "Le Dernier petit prince du désert "de Patrick Poivre d’Arvor, "Le Rêve de Machiavel" de Christophe Bataille, "A genoux" de Michael Connelly.
Sable ou rochers ?
Sable. Le sable blanc de Carmel en Californie est du bonheur à l’état pur.

Propos exclusifs recueillis par Annie Fayon
Par La rédaction, mercredi 6 août 2008 à 07:22 - Interview - #1755 - rss








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