Vous êtes à la fois humoriste, présentateur, animateur, comédien, etc . C’est quoi votre véritable métier ?
Artiste. En anglais, on emploie le terme entertainer qui ne se traduit pas en français ou qu’on pourrait appeler « divertisseur ». Pour vous, le concept est difficile à accepter parce qu’un artiste ne fait qu’une seule chose. De l’autre côté de l’Atlantique, on ne rencontre pas cette catégorisation. Mon cœur de métier, c’est la scène, c’est l’humour. Depuis que je suis enfant, je sais que je veux faire ce métier car il permet de toucher à tout. Au Québec, aux Etats–Unis, les humoristes sont très nombreux, beaucoup plus nombreux qu’en France et ils bossent énormément.

Vous revenez one man show, ça vous manquait ?
Ce qui me manquait le plus, c’est la liberté, la simplicité, l’improvisation, le contact direct. Avoir juste un micro et un public, c’est le rêve. En télé, il y a toujours un grand déploiement de moyens techniques.

Vous retrouvez la scène après six ans de présentation des NRJ Music Awards, un été en 2006 sur France 2 avec « Dancing Show » puis le « Symphonic Show ». Qu’avez-vous appris pendant ces années télé ?
Un milliard de trucs. Sur moi, sur les autres, sur la nature humaine. J’ai compris aussi combien j’étais fort moralement, physiquement, psychologiquement. Avant de commencer la télé, cela faisait quatorze que j’étais seul sur scène. D’un coup, j’ai appris à la partager. En même temps, j’ai continué la scène et beaucoup appris artistiquement avec « Chicago », une comédie musicale de Bob Fosse jouée à Montréal et à Paris.

Pendant que vous faisiez de la télé, le monde a changé et vous vous moquez allègrement des nouveaux comportements dans votre spectacle. Vous estimez que les sites de rencontres équivalent à de la pêche au gros, qu’Internet fait un grand pas pour la pornographie, etc. Malgré votre humour décapant, l’évolution du monde vous fait-elle rire, pleurer ou vous fait-elle peur ?
Rire et pleurer. L’animateur télé ne doit pas trop montrer sa personnalité. Il doit rester, dans une certaine limite, « lisse ». Le fait de monter un show permet de repousser les frontières, de dire à haute voix ce que tout le monde pense tout bas, de choquer. Je tape sur tout le monde en gardant un pied au bord du précipice. Depuis quelques années, la société a évolué plus qu’en 1 000 ans. On a fait des pas incroyables. Avec Internet, c’est le « farweb ». On se rapproche, on s’éloigne. C’est génial et en même temps terrible. On s’écarte physiquement et humainement.

Vous avez une dent contre le racisme, le conformisme, pensez-vous que l’humour puisse faire reculer la bêtise ?
On peut faire comprendre beaucoup de choses en passant par l’humour. Qu’on soit blanc, juif, etc. on passe presque deux heures à se marrer. Quelles que soient la couleur de peau, la religion, personne ne se tape dessus. Pourquoi ne pas le faire tout le temps ? Je pense que l’humour peut faire réfléchir. Les plus gros problèmes, c’est la peur et l’ignorance. L’humour apporte des remèdes certes incomplets mais des remèdes tout de même. Il fait peut-être partie d’une partie de la solution…

Vous pointez du doigt les paradoxes de vos contemporains notamment en politique. La pente n’est-elle pas savonneuse ?
Je fais quelques vannes sur le milieu politique mais ce n’est pas mon terrain. La pente est-elle savonneuse ? Oui, sans doute mais le show-biz est un exercice très périlleux et c’est mon métier.

L’ironie est-elle une caractéristique de l’artiste ou de l’homme ?
L’artiste fait partie de l’homme et en même temps faire rire est un boulot. Il y a deux formes d’humoristes : les humoristes de salon et les humoristes de scène. Moi, j’appartiens à la seconde partie. Avant, j’étais comme une pile électrique dans la vie. Je passais mon temps à me marrer. C’était épuisant. Aujourd’hui, j’ai des amis qui sont beaucoup plus drôles que moi et qui me font pleurer de rire. C’est important pour mon équilibre que les autres me fassent rire et non pas toujours le contraire.

Vous êtes un artiste hors catégorie avec plusieurs cordes à votre arc. Avez-vous un modèle qui vous inspire particulièrement ?
Je n’ai pas d’idole mais j’adore Robin Williams, Eddie Murphy, Chris Rock, Richard Pryor. Quand j’avais 14 ans, je regardais Eddie Murphy en cachette à la télé. C’est, pour moi, le premier qui a bouleversé l’image de l’humoriste. Il a déboulé avec un look et une aura de rock-star. Il n’était ni gros, ni moche mais beau gosse, nouveau et intéressant. J’ai failli tourner un petit rôle avec lui il y a sept ans et cela ne s’est pas fait. Pas grave. Nous avons le temps. Il n’est pas mort et moi non plus.

Comment appréhendez-vous la rencontre avec le public français ?
Je me sens parfaitement adopté. Etrangement, je suis retourné jouer au Québec en mai. Et j’étais beaucoup plus anxieux, beaucoup plus nerveux face au public québécois.

Pensez-vous que nous avons un train de retard sur les Canadiens ?
Pour une population de 7 millions d’habitants, il y a énormément d’humoristes au Québec et donc beaucoup de sujets évoqués parce qu’il faut se démarquer. Matin, midi et soir, on entend des humoristes qui osent traiter des sujets pas forcément politiquement corrects. Il y a dix ans, c’était le contraire. Aussi bien aux U.S.A. qu’au Québec, les sujets étaient plutôt sages. Aujourd’hui, c’est la France qui serait plutôt plus pudique. Pour mon récent spectacle au Québec, j’ai du faire du rattrapage pour ne pas être à côté de la plaque.

Vous préférez la mer ou montagne ?
La mer.

Froid ou chaud ?
La chaleur.

Sable ou rochers ?
Le sable.

Méditerranée, Atlantique ou Saint-Laurent ?
C’est selon mes humeurs. La Méditerranée quand j’ai besoin de calme, l’Atlantique quand j’ai besoin d’énergie.

Propos exclusifs recueillis par Annie Fayon